Il fait encore nuit noire quand le quai s'anime. Les 22 chalutiers du port se préparent, dans le froid mordant de la tramontane de printemps. Le Saint-Pierre, 14 mètres de coque bleue et blanche, sera de la sortie. À son bord : Patrick, le patron, son fils Lucas, 26 ans, et le mousse Yacine.
Trois heures du matin, larguez les amarres
Le moteur diesel rugit. Patrick scrute la météo une dernière fois sur sa tablette. « Force 4 ouest, ça va secouer mais on peut pêcher. Plus loin que d'habitude par contre. » Direction : à 18 milles au sud, là où les fonds chalutables descendent à 50 mètres.
Lucas prépare le chalut de fond, ce filet en forme de manche qu'on traîne pendant deux heures. Il a appris le métier avec son père, sans école : « On apprend en faisant des bêtises, en cassant un filet, en perdant une nuit de sommeil. »
Cinq heures du matin, première trait
Le filet remonte. Le winch peine. « Ça a accroché », marmonne Patrick. Quand le sac débarque sur le pont, il est plein : merlus, rougets, baudroies, soles. Une bonne pêche. « On va tenir le bouclard cette semaine. »
Pour la première fois depuis longtemps, le port du Grau-du-Roi voit revenir ses chalutiers à pleine charge. La réserve de Camargue étendue en 2023 commence à porter ses fruits.
Onze heures, retour au port
À la criée, l'ambiance est électrique. Les mareyeurs enchérissent au smartphone, les caisses s'envolent vers Marseille, Lyon, Paris. Patrick a fait sa journée. « 6 200 euros au débarquement. Net : 1 800 pour moi, après le gasoil et les charges. »
Il sourit quand même. « On vit. C'est déjà ça. Il y a dix ans on était sur le carreau. »
