Le mas de Cougourlude, sur la route de Generac, n'a presque pas changé depuis 1937. Ni la mas, ni les enclos, ni la cabane de gardian. Marc Aubanel, 51 ans, troisième génération, ne veut rien y changer. « Le jour où je mettrai un quad, ce sera fini. »

La selle camarguaise, pas le quad

À 5h30, Marc enfourche Lou Caïrou, son cheval gris pommelé de 11 ans, et part rassembler le bétail. Sa manade compte 80 taureaux Raço di Biou, plus une dizaine de chevaux Camargue. « Avec un quad, tu vas plus vite, oui. Mais le taureau ne te respecte pas. »

Il s'arrête, désigne un taureau noir au loin :

Celui-là, c'est Pourtoun. Il connaît ma voix. Il connaît mon cheval. On a une relation depuis 8 ans. Tu remplaces ça par une moto ?

L'économie d'un métier en sursis

Sa manade vit des courses camarguaises — ces jeux taurins sans mise à mort où des « raseteurs » tentent d'attraper une cocarde sur le front du taureau. Marc loue ses bêtes aux arènes de la région : Vauvert, Lunel, Saint-Gilles, Aimargues.

« Une saison normale, je rentre 30 000 euros nets. Mais si la canicule frappe, ou que l'arène annule à cause des nouvelles règlementations, je n'ai aucun filet. »

Transmission incertaine

Son fils Léo, 24 ans, a choisi la viticulture. « Je le comprends. C'est plus stable. » Marc ne reproche rien, mais avoue son inquiétude : sur les 120 manades que comptait la Petite Camargue dans les années 1980, il en reste moins de 60.

Une association locale s'est créée pour faire labelliser « le pastoralisme camarguais » au patrimoine immatériel UNESCO. Marc y croit. « Pas pour mon orgueil. Pour que ça continue. »