En 1965, le sable nu. En 2026, 120 000 estivants par jour au plus fort de l'été. La Grande-Motte est née d'une volonté politique — la Mission Racine — et de la vision d'un architecte unique, Jean Balladur (1924-2002), qui a dessiné chaque immeuble, chaque place, chaque palmier.

Un anti-Las Vegas méditerranéen

Balladur voulait « une ville pour les vacances populaires, pas pour les milliardaires ». Les pyramides, les courbes, les couleurs ocre et blanc, l'omniprésence du végétal : tout est pensé pour briser la monotonie des stations balnéaires linéaires.

Une ville n'est pas une suite d'immeubles. C'est une partition urbaine. — Jean Balladur, 1972

Le label patrimoine, un tournant

L'inscription au patrimoine du XXᵉ siècle en 2010 a tout changé. Avant : on déboulonnait les balcons, on repeignait en blanc les fresques, on remplaçait les fenêtres d'origine par du PVC. Après : chaque rénovation est encadrée.

L'Architecte des Bâtiments de France, Cécile Mauvis, explique : « On a sauvé la Grande-Motte d'une banalisation rampante. Aujourd'hui, les copropriétaires sont fiers d'habiter dans une œuvre. »

Et la suite ?

Avec la montée des eaux, la cité doit repenser son trait de côte. Balladur l'avait pourtant prévu : il avait fait planter 12 000 arbres pour stabiliser les dunes. Cinquante ans plus tard, ils tiennent encore. Le génie d'un architecte est de penser à long terme.